14 avril 1916 : je me dépêche de vous écrire pour vous rassurer…

Vendredi 14 Avril 1916

Chers Parents,

Je me dépêche de vous écrire pour vous rassurer et dissiper la pénible impression qu’a dû vous produire ma carte lettre du 10. Je suis maintenant loin des tranchées et bien portant, à part un léger enrouement. Nous avons été enfin relevé dans la nuit du 11 au 12 à 11 heures du soir. Les journées des 10 et 11 ont été assez calmes à part une canonnade assez vive.

Nous n’avons pas été trop bombardé, mais notre artillerie n’arrêtait pas.

esnes-2Pendant ces 2 journées, nous avons attendu impatiemment la relève. Le 11, il a plu pendant une partie de la journée, les tranchées étaient déjà pleines de boue. Aussitôt la relève arrivée, nous repartions en arrière, et malgré la fatigue, personne ne se faisait prier, on courait plutôt que de marcher surtout en traversant Esnes qui est toujours bombardé.

dombasle-en-argonne

Dombasle, près de Jouy en Argonne

Nous avons fait une quinzaine de kilomètres. Nous sommes arrivés à Jouy au petit jour pour manger la soupe. Après quelques heures de repos, nous repartions pour embarquer en autobus à 4 kilomètres plus loin. Départ des autos à 1 heure, arrivée à destination à 7 heures du soir, sous la pluie battante, encore 2 kilomètres à pied et nous arrivons au cantonnement. Nous sommes revenus à peu près au même endroit qu’avant cette période de tranchées, mais dans un village voisin.

Hier, après une bonne nuit de repos, nous avons commencé à nous nettoyer. Nous en avions besoin. Aujourd’hui, nous continuons, ma capote n’est plus bleue, elle est couleur de terre. Malheureusement, il ne fait pas bon laver, il pleut tous les jours.

J’ai reçu votre lettre hier. Le colis, je vous en ai déjà annoncé la réception dans ma dernière lettre. J’ai été heureux de les recevoir ces 2 colis, sans eux je n’aurais pas eu grand’chose à manger dans la tranchée. Maintenant, au repos, dans le pays, il y a quelques épiceries où l’on peut à peu près se ravitailler. Pour l’instant, je n’ai besoin de rien. De l’argent, je n’en ai pas besoin. Je préfère que vous m’envoyiez des colis quand je serai aux tranchées. Je ne sais pas combien de temps nous resterons ici, nous où nous irons.

Nous méritons bien un long repos, car je n’ai jamais vu une pareille tournée de tranchées. De l’avis de ceux qui ont été à Douaumont, ce n’était pas plus terrible. Je ne crois pas que cela puisse durer encore longtemps comme cela.

Chers Parents, je termine en vous embrassant de tout cœur.

Ce repos m’a permis de feuilleter Le Miroir de dimanche dernier. Toujours beaucoup d’informations et de photographies sur les environs, c’est un moment difficile pour nous, mais qui nous semble décisif pour la suite de la guerre, on a l’impression que tout se joue ici…

miroir-1916-04-09

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