5 mai 1916 : on a fait beaucoup de bruit autour de l’arrivée des Russes…

Vendredi 5 Mai 1916

Chers Parents,

amiens-2J’ai reçu votre lettre du 28 avril. Je suis bien portant. Nous sommes toujours au repos dans la Somme. Vous avez sans doute reçu ma carte­-lettre où je vous annonçais que j’avais reçu le colis à ma tante. Vous la remercierez pour moi.

Je n’ai pas grand’chose à vous apprendre. Je suis encore à la cuisine jusqu’à ce que celui que je remplace soit rentré. Je n’ai pas trop de travail, et je ne vais toujours pas à l’exercice. Le temps est beau, très chaud. Tous les matins et aussi après-midi la compagnie fait l’exercice ; il y a des permissions de la journée le mercredi et le dimanche pour Amiens et les environs. Il part 13 permissionnaires de 6 jours demain. Je ne sais pas si nous sommes encore pour longtemps ici, mais je ne me fais pas d’illusions, je sais que c’est pour prendre part à cette offensive dont vous me parlez. On a fait beaucoup plus de bruit autour de l’arrivée des Russes que cela ne mérite. S’ils étaient en grand nombre, je comprendrais, mais ce n’est les-russes-a-marseillepas quelques milliers d’hommes qui feront grand’chose de plus. Je ne sais pas par où ils sont venus, mais je crois plutôt que c’est par le Nord de la Russie, du côté de la Norvège, par les ports d’Arkangelsk ou d’Alexandrowsk.

Vous me demandez ce que c’est qu’une prise d’armes, je pensais que Papa le savait. On prise-darmes-2appelle prise d’armes une cérémonie pour la remise de décorations, le régiment ou tout au moins un bataillon y assiste avec le drapeau et la musique.

Je crois que Le Blanc qui a été tué comme je vous l’ai dit a été cité à l’ordre du corps d’armée, car j’ai vu cette citation « Caporal Le Blanc Fernand de la 4ème Cie, du 26ème, excellent gradé qui a toujours fait preuve des plus belles qualités militaires ; est tombé glorieusement à la tête d’une patrouille qu’il avait demandé à conduire pour reconnaître les lignes allemandes ».

Je crois que c’est lui, je me renseignerai. Je termine car les lettres vont partir.

Je vous embrasse tous de tout cœur.

Henri

La semaine dernière, je n’ai pas pu vous présenter le Miroir. Le voici. Les images des champs de bataille sont terribles…

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29 avril 1916 : les permissions ont repris pour quelques jours

Samedi 29 Avril 1916 (tout en un violet)

Chers Parents,

J’ai reçu hier le colis que je suppose venir de St Christophe car j’ai reconnu l’écriture à Papa Gustave. Vous le remercierez ainsi que ma Tante pour moi. Je suis bien portant, toujours au même endroit. Les permissions ont repris depuis quelques jours, et le caporal d’ordinaire étant parti, je le remplace à la cuisine depuis avant-hier. On donne aussi des permissions pour Paris et la région avoisinante (24 heures). Le temps est toujours beau, très chaud même. Un de ces jours, je vais vous renvoyer mes vêtements d’hiver, car je n’en aurai plus besoin maintenant.

Chers Parents je vous embrasse de tout cœur ainsi que Papa Gustave et ma tante.

Henri

Dimanche dernier, je n’avais pas encore reçu le Miroir, je vous le propose donc pour le feuilleter avec moi ! Vous y verrez encore de saisissantes photographies de Verdun sous les bombes…

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23 avril : Nous avons défilé devant le général Foch qui nous a félicités…

Dimanche 23 Avril 1916, 20 heures

Chers Parents,

revigny1Je ne sais pas si vous avez reçu ma dernière lettre. Je l’ai adressée à Caen, et quoiqu’elle soit faite depuis avant-hier, elle n’est partie que ce matin. C’est que nous avons encore fait du chemin depuis 2 jours. Vendredi matin, nous partions du cantonnement à 8 heures. Nous embarquions à Revigny dans la matinée. Le train démarrait à 1 heure. Nous avons passé à Vitry-le-François, Châlons, Epernay, etc…

Nous passions dans la banlieue dans la nuit, et prenions la ligne du Nord, dans la matinée nous arrivions à Amiens, nous avons débarqué à quelques kilomètres plus loin dans une petite gare. Nous avons fait le « jus » puis avons pris le chemin du cantonnement. Il n’y avait heureusement que 7 kilomètres. C’était suffisant, car après ce voyage, nous étions déjà assez fatigués. Cela ferdinand_foch_by_melcy_1921n’empêche qu’en passant dans un patelin, nous avons défilé devant le général Foch qui nous a félicité. Aujourd’hui, jour de Pâques, il a fait beau temps, nous avons travaillé à aménager notre cantonnement. Le colonel est venu le visiter. Pour nous récompenser d’avoir bien défilé hier, aujourd’hui les cafés ont été consignés toute la journée. Ceux qui voulaient se procurer à boire devaient le faire venir par une corvée commandée par un caporal et le sergent-major. La seule distraction qu’on peut avoir, on nous la supprime, voilà comment on encourage le soldat, et cela, tout simplement parce que hier les gens du pays ont refusé de loger les officiers. C’est honteux ces abus d’autorité ! Cela vous dégoûte ! Voilà la journée de Pâques passée, nous avons été retenus jusqu’à 2 heures pour la revue du colonel, après nous avons pu nous promener un peu dans le pays, ou dans la campagne. Comme menu, du riz et de la viande de conserves. Quel beau jour de fête ! Ah ! Vivement la fin de la guerre !

Je terminerai ma lettre demain matin.

Aujourd’hui lundi, il fait un temps superbe, un beau soleil, espérons que cela va continuer. Nous battons tous nos couvertures au soleil dans les prés. La campagne est belle, les feuilles commencent à pousser. C’est triste d’être à la guerre par un si beau temps.

J’espère que vous êtes tous bien portants. Vous me donnerez des nouvelles du pays.

Je vous embrasse bien tous.

Henri

Voici un extrait de l’histoire du 26ème Régiment d’Infanterie qui relate notre départ de Verdun. Nous avons été heureux de partir sachant que l’offensive boche avait été stoppée, mais tellement malheureux de laisser tant de nos camarades sur le champ de bataille…

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20 avril 1916 : j’ai appris la mort de Leblanc, tué d’une balle en plein front lors d’une patrouille…

Jeudi 20 avril 1916

Chers Parents,

Je viens de recevoir votre lettre. Le colis je l’ai reçu avant-hier. Je vous en remercie. Je vais bien. Nous sommes toujours au repos dans le même endroit. Le temps est toujours aussi mauvais. Tous les jours, de la pluie. Hier matin, nous avons eu une prise d’armes. histo-26eme-avril-1916-verdunTout le régiment était rassemblé, le colonel a distribué beaucoup de croix de guerre.

bethincourt1916avrilDeux compagnies dans le régiment ont subi de fortes pertes. La 3ème et la 5ème. Il reste peut-être 25 hommes dans chacune d’elles, et aussi la compagnie de mitrailleuses de brigade où ils restent à 18 sur 80.

J’ai appris par mon camarade Hamel la mort de Leblanc. Il a été tué d’une balle au front en faisant une patrouille. L’autre Hamel, qui était de la Délivrande et travaillait au Crédit Lyonnais aurait été fait prisonnier, il était  de la 5ème Cie et cette compagnie a du se trouver encerclée par les boches, et ils ont été tous faits prisonniers ou massacrés car ils se sont défendus jusqu’au bout.

Le commandant du 2ème bataillon a subi le même sort. Il était blessé et a été fait prisonnier ou tué au poste de secours. Il a, paraît-il, descendu à coups de revolver tous les boches qui essayaient de l’approcher. On a dit aussi qu’il se serait suicidé ensuite. Le Commandant du 3ème bataillon, qui venait d’être nommé, a reçu un matin un shrapnell dans le cou en marchant sur le parapet de notre tranchée en plein jour. Il est mort 2 jours après. Un lieutenant mitrailleur a été brûlé à sa pièce par un jet de liquide enflammé, et bien d’autres encore.

bethincourtLe général de division Ferry a été renvoyé à l’intérieur en disgrace, dit-on, parce qu’il n’a fait évacué Béthincourt que plus de 24 heures après en avoir reçu l’ordre. Je suis bien content d’en être sorti de ce secteur-là, mais je crains bien d’y retourner.

Nous avons un nouveau commandant, un nouveau général de division auquel on nous a présenté hier.

J’ai reçu il y a déjà quelques jours des nouvelles de Jeanne. Elle me disait bien qu’elle était sans nouvelles de son mari. Elle doit être en vacances maintenant. Vous partez sans doute mardi pour St Christophe, je vous y adresserai ma prochaine lettre.

Chers Parents, je vous embrasse de tout cœur.

Henri

P.S. : On part demain pour une destination inconnue, (pour moi). Ce n’est pas pour nous rapprocher du front.

Je vous propose de parcourir le Miroir de dimanche dernier. Vous y découvrirez les paysages désolés des environs de Verdun, totalement dévastés par les bombardements, notamment Avocourt et Malancourt où je suis passé. Je vous parle de Béthincourt dans ma lettre. Tant de bombes auront été déversées sur ce village qu’il n’en restera rien, et par dessus tout, il sera déclaré en « zone rouge », toute construction et exploitation agricole étant devenues impossibles à cet endroit.

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14 avril 1916 : je me dépêche de vous écrire pour vous rassurer…

Vendredi 14 Avril 1916

Chers Parents,

Je me dépêche de vous écrire pour vous rassurer et dissiper la pénible impression qu’a dû vous produire ma carte lettre du 10. Je suis maintenant loin des tranchées et bien portant, à part un léger enrouement. Nous avons été enfin relevé dans la nuit du 11 au 12 à 11 heures du soir. Les journées des 10 et 11 ont été assez calmes à part une canonnade assez vive.

Nous n’avons pas été trop bombardé, mais notre artillerie n’arrêtait pas.

esnes-2Pendant ces 2 journées, nous avons attendu impatiemment la relève. Le 11, il a plu pendant une partie de la journée, les tranchées étaient déjà pleines de boue. Aussitôt la relève arrivée, nous repartions en arrière, et malgré la fatigue, personne ne se faisait prier, on courait plutôt que de marcher surtout en traversant Esnes qui est toujours bombardé.

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Dombasle, près de Jouy en Argonne

Nous avons fait une quinzaine de kilomètres. Nous sommes arrivés à Jouy au petit jour pour manger la soupe. Après quelques heures de repos, nous repartions pour embarquer en autobus à 4 kilomètres plus loin. Départ des autos à 1 heure, arrivée à destination à 7 heures du soir, sous la pluie battante, encore 2 kilomètres à pied et nous arrivons au cantonnement. Nous sommes revenus à peu près au même endroit qu’avant cette période de tranchées, mais dans un village voisin.

Hier, après une bonne nuit de repos, nous avons commencé à nous nettoyer. Nous en avions besoin. Aujourd’hui, nous continuons, ma capote n’est plus bleue, elle est couleur de terre. Malheureusement, il ne fait pas bon laver, il pleut tous les jours.

J’ai reçu votre lettre hier. Le colis, je vous en ai déjà annoncé la réception dans ma dernière lettre. J’ai été heureux de les recevoir ces 2 colis, sans eux je n’aurais pas eu grand’chose à manger dans la tranchée. Maintenant, au repos, dans le pays, il y a quelques épiceries où l’on peut à peu près se ravitailler. Pour l’instant, je n’ai besoin de rien. De l’argent, je n’en ai pas besoin. Je préfère que vous m’envoyiez des colis quand je serai aux tranchées. Je ne sais pas combien de temps nous resterons ici, nous où nous irons.

Nous méritons bien un long repos, car je n’ai jamais vu une pareille tournée de tranchées. De l’avis de ceux qui ont été à Douaumont, ce n’était pas plus terrible. Je ne crois pas que cela puisse durer encore longtemps comme cela.

Chers Parents, je termine en vous embrassant de tout cœur.

Ce repos m’a permis de feuilleter Le Miroir de dimanche dernier. Toujours beaucoup d’informations et de photographies sur les environs, c’est un moment difficile pour nous, mais qui nous semble décisif pour la suite de la guerre, on a l’impression que tout se joue ici…

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10 avril 1916 : nous avons été bombardés avec une violence inouïe…

Le 10 avril 1916, 8 heures

Chers Parents,

J’ai reçu hier votre colis. Il m’a fait grand plaisir. Contrairement à ce que je vous écrivais explosion02sur ma carte, nous n’avons pas été relevé et nous sommes encore dans la tranchée, ce jour-là, le 7, les boches ont attaqué sur notre droite et cela a changé la situation. Nous avons été bombardé avec une violence inouïe. Je n’avais jamais vu pareille chose. Je ne sais comment nous ne sommes pas tous tués. Pendant 5 heures, ils n’ont pas arrêté de nous tirer des gros obus. Le seul sergent qui nous restait à la section a été tué. Le soir, pas de relève. Le lendemain, la journée fut un peu plus calme. Mais hier dès le lever du jour, les boches ont recommencé leur bombardement et cela n’a pas cessé de la journée. Nous étions tous fous, nous ne savions plus où aller, les obus tombaient partout. C’est épouvantable. Une pareille vie ne peut pas durer. Je préfèrerais être mort que de supporter cela encore longtemps. Notre adjudant, le seul sous-officier qui nous restait, a été tué, et nous attendons toujours la relève avec angoisse. Je suis découragé. Les journées me semblent des siècles. Je désespère d’en sortir vivant de cette tranchée. C’est bien à 20 esnes-3kilomètres au nord-ouest de cette ville que nous sommes.

Chers Parents, je vous embrasse de tout cœur.

Henri

Pas eu le temps de parcourir le Miroir qui est paru hier, je ne sais pas si j’aurai encore le loisir de le lire à nouveau…

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6 avril 1916 : nous avons travaillé jours et nuits à creuser les tranchées, les boyaux…

Le 6 avril 1916hl104-p2-mef

Chers Parents,

Je suis bien portant. Nous sommes relevés ce soir après 8 jours de tranchées. Il est temps. Nous sommes fatigués. Nous avons travaillé jours et nuits à creuser les tranchées, les boyaux, à faire des abris, etc… Les premiers jours, le temps a été favorable, mais avant-hier, il est tombé beaucoup d’eau de sorte que nous sommes couverts de boue de la tête aux pieds. Aujourd’hui il fait un peu meilleur. Toujours même activité d’artillerie. Les obus pleuvent du matin au soir, et la nuit aussi.

Chers Parents, je vous embrasse de tout cœur

Henri

Feuilletez avec moi le Miroir de dimanche dernier, où vous trouverez encore de nombreuses vues des environs, de Verdun bien sûr…

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31 mars 1916 : Nous avons creusé des trous pour nous protéger des obus…

Le 31 Mars 1916

Chers Parents,

J’ai reçu votre lettre ce matin dans la tranchée. Le colis, je l’ai reçu le 29 avant de partir aux verdun-2tranchées car nous y sommes depuis le 29 dans la nuit. Nous sommes en 2ème ligne devant un bois où se trouvent les boches. Avant-hier, un régiment a attaqué en cet endroit et leur a pris une tranchée. Les bombardements sont toujours très violents et il y a matin et soir des alertes. Depuis ces deux derniers jours, le temps s’est remis, il fait beau. Il n’y a plus guère de boue. Nous sommes au sec, mais les nuits sont très froides. Il gèle. abri-trancheeHeureusement qu’il ne pleut pas car dans ces tranchées nouvellement faites, il n’y a pas d’abris. Nous avons creusé des trous pour nous abriter un peu contre les obus et la pluie au besoin, mais c’est très rudimentaire. Je ne sais pas combien de temps nous y resterons. Nous avons à manger une fois par jour. Le soir, une corvée va chercher la soupe jusqu’au village à 3 kilomètres en arrière, où les cuisines viennent l’apporter, mais comme c’est assez bombardé, nous ne sommes pas toujours sur de l’avoir. Ceux qui étaient dans ces tranchées avant nous, nous ont dit qu’ils avaient été plusieurs jours sans être ravitaillés. Aussi il est toujours bon d’avoir quelques provisions. Votre colis est arrivé juste à point le jour où l’on partait aux tranchées. Le lard est excellent. J’en ai goûté ce midi.

Je vais beaucoup mieux maintenant. Mon mal de dent est passé, la joue est désenflée. Mon pied est encore un peu sensible, mais cela se passera vite.

douaumontLe corps d’armée a, en effet, attaqué et défendu Douaumont au plus fort de la bataille. Il a eu beaucoup de pertes. Il a été renvoyé à l’arrière pour le reformer. C’est tout ce que je sais, car je n’ai pas eu l’occasion de parler à ceux qui y sont allés. A nous, on nous a lu un télégramme de félicitations de l’Empereur de Russie.

Je ne savais pas que M. Labbé était mort, car par ici, on voit assez rarement des journaux. Cela va faire des changements à Corday. J’ai vu Hamel le 2ème jour que j’étais rentré de permission. Je lui ai remis son colis, depuis je ne l’ai guère rencontré.

Chers Parents, je termine en vous embrassant de tout cœur.

Henri

 

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28 mars 1916 : nous couchons sur des feuilles et des branchages…

Mardi 28 mars 1916

Chers Parents,

Depuis que je vous ai écrit ma dernière lettre, je suis assez souffrant. Je vous disais que j’avais été très fatigué par les étapes successives de notre retour au front. Le jours suivant notre arrivée, c’est-à-dire vendredi, nous avons été faire une tranchée en arrière des 1ère lignes. Pour arriver sur le terrain, nous avons fait 10 kilomètres à travers bois et champs en pleine nuit et par de mauvais chemins, si bien que mon pied malade au lieu de se guérir a enflé encore plus. Samedi, je suis allé à la visite, on m’a frictionné le pied à l’huile camphrée et j’ai été exempt de service. Ce qui m’a évité d’aller travailler le soir. Mais dans l’entrefaite, j’ai dû attraper froid, car mon mal de dent m’a repris et il m’est revenu un abcès à la joue gauche. Dimanche dans l’après-midi, par la pluie, nous avons fait 4 kilomètres pour aller cantonner dans un pays un peu en arrière. Hier matin, je suis retourné à la visite , mais cette fois pour mon abcès. Le major me l’a ouvert et m’a donné un gargarisme, et j’ai encore été exempt de service mais comme nous repartions le midi dans un autre coin du bois, il fallait marcher quand même. Il n’y avait que 4 kilomètres. Nous y sommes depuis hier et pour abri nous avons monté nos tentes, sur la terre toute mouillée.

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Source : la guerre de Jean – canalblog

Nous couchons sur des feuilles sèches (ou plutôt mouillées) ou sur des branchages que nous avons ramassés dans le bois. Voilà comment nous sommes logés par ce beau temps. Hier soir, la compagnie a encore été travailler. Il a plu une grande partie de la nuit et ce n’a pas cessé depuis ce matin. Aussi, nous n’osons pas sortir de dessous nos tentes et depuis ce matin à 3 heures ½ que les hommes sont rentrés ils sont couchés et se reposent. Ce matin, je suis retourné une 3ème fois voir le major, car ma joue n’est pas encore désenflée et en plus de cela, j’avais un peu mal à la gorge. Il m’a encore mis exempt de service et m’a donné un gargarisme. Mon pied n’est pas encore complètement guéri, car si peu que j’aie marché chaque jour la douleur m’a repris aussitôt. Je voudrais bien en avoir fini de toutes ces maladies. Depuis quelques jours je m’ennuie bien. Avec cela, il fait un temps abominable. Il pleut presque toujours, et il fait froid.

tranchee-verdun-6Il y a beaucoup d’artillerie, cela n’a cessé depuis plusieurs jours de bombarder aussi bien les nôtres comme les boches. Nous en connaissons les conséquences, la 1ère nuit de travail, un obus est tombé au milieu de la route que suit le bataillon, il y a eu 5 morts, et 5 blessés à la 12ème Cie. Le lendemain, au même endroit, c’est la 9ème qui a eu 5 morts et 4 blessés. Je n’y étais pas cette nuit-là. Nous n’allons pas travailler ce soir, mais demain nous partons aux tranchées. Il n’y a toujours rien moyen de trouver ici aussi nous n’avons que ce que nous fournit l’ordinaire, c’est quelquefois bien maigre. Je crois que nous allons de plus mal en plus mal. Ce secteur est aussi le plus mauvais que j’aie fait. S’il faisait beau, ça pourrait encore aller.

Chers Parents, je termine en vous embrassant de tout cœur.

Henri

Feuilletez pour moi le Miroir

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24 mars 1916 : nous sommes maintenant sur le front, à 3 km des 1ères lignes

Le 24 Mars 1916

Chers Parents,

histo-26eme-mars-1916-verdun-2

historique 26ème RI – extrait

J’ai reçu votre lettre avant-hier. Elle m’a fait bien plaisir. Je n’ai pu vous écrire plus tôt car cela fait trois jours de suite que nous étions en route. Nous sommes partis mardi matin à 6 heures du cantonnement de repos d’où je vous ai écrit ma dernière lettre. Ce jour-là, nous n’avons fait qu’une dizaine de kilomètres et nous avons cantonné dans un autre village. Il y a eu de forts combats dans toute cette région au moment de la bataille de la Marne. Aussi beaucoup de villages sont en partie détruits par le bombardement ou l’incendie.

Mercredi matin, nous repartions à 6 heures. Nous avons fait une vingtaine de kilomètres. J’étais fatigué en arrivant au cantonnement. J’avais bien mal au pied droit. J’espérais qu’on aurait au moins un jour de repos, mais hier à 4 heures du matin, on nous réveille pour repartir. Nous repartons à 5 heures et nous ne sommes arrivés au bout que le soir à 6 convoi-route-3heures. Je n’en pouvais plus. Mon pied qui n’était pas encore reposé de la fatigue de la veille, m’a fait mal pendant toute la marche, quand je posais le pied, c’était comme si j’avais marché sur des épines. Nous avons fait au moins 35 kilomètres dans notre journée, et nous n’avons eu à manger qu’un morceau de fromage pendant toute cette journée. Les cuisines nous suivaient bien, mais elles n’ont pu passer en un endroit à cause de l’encombrement de la route par un convoi de camions automobiles. Nous nous sommes arrêtés pendant 2 heures au moins pour les attendre, mais elles ne sont pas arrivées. Heureusement, j’avais encore quelques réserves dans ma musette. Nous sommes maintenant sur le front à 3 kilomètres des 1ère lignes. Nous sommes au milieu d’un grand bois. Nous sommes  bien mal logés, dans des abris où il y pleut, on couche sur la terre ou sur des branchages, pas de paille, par d’eau pour boire ou se laver, mais beaucoup de boue. Le canon donne beaucoup. On dit que dans ce secteur un corps du midi aurait attaqué et dans la contre-attaque les boches leur auraient fait une brigade prisonnière. Et toujours ce même corps qu’au début de la guerre a lâché pied en Lorraine. Ce soir nous allons travailler, sans doute pour faire des tranchées.

bethelainville-1Nous sommes assez loin de l’endroit dont vous me parlez. Une vingtaine de kilomètres vers le nord.

Il ne fait pas très beau depuis 2 jours. Il a plu beaucoup avant-hier et dans la nuit. C’est pour cela que nous pataugeons tant. Nous sommes très loin ici de tout pays habité, aussi il n’y aura pas moyen de se procurer quelque chose. Vous ne risquez rien de m’envoyer des colis.

Chers Parents, je vous embrasse de tout cœur

Henri

Feuilletez avec moi le Miroir de dimanche dernier, vous y verrez de nombreuses photographies des habitants de Verdun et des environs qui sont soumis au déluge de bombes. En dernière page, vous trouverez une carte, où l’on voit notamment une partie des bois où nous combattons actuellement.

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